Dans l'œil de Jean-Michel Herbillion, co-fondateur des Incroyables Comestibles

Publié le 29.05.2018
Animé par l’idéal de nourrir l’humanité de façon saine pour l’homme et pour la planète, les Incroyables Comestibles sont un mouvement participatif citoyen de bien commun mondial, autonome, totalement apolitique et non marchand. Rencontre avec le Co-fondateur de la branche française du mouvement : Jean-Michel Herbillion.
© Incroyables Comestibles

Comment est née l'aventure Incroyables Comestibles en France ?

L’aventure est née en 2011. François Rouiller, le cofondateur d’Incroyables Comestibles et moi-même étions consultants pour un projet à Strasbourg pour lequel nous nous sommes intéressés aux modèles d’alimentation locale. C’est comme ça qu’on est tombé sur l’initiative Incredible Edible dans la ville de Todmorden, près de Manchester (Angleterre). On a tous les deux immédiatement accroché au concept mais nous n’avons pas eu de grands échos de la part de la ville. Du coup on a décidé de lancer quand même le projet, dans nos villages, en tant qu’habitants « normaux ».

L’aventure Incroyables Comestibles en France a donc commencé dans les villages de Freland et Colroy-la-Roche, en Alsace. On a lancé l’action à l’échelle très locale, avec quelques amis et voisins, puis on a lancé une première campagne de presse. Sur la vingtaine de médias contactés, 3 ont relayés l’information. Ça a suffi pour que quelques autres groupes naissent en France, notamment dans le Gard. On a ensuite eu nos premiers sujets télévisés, et depuis, le nombre d’actions est exponentiel.

 
Le développement de l'initiative sur le territoire vous a-t-il surpris ?

Oui et non. 

Non parce qu’on savait que ce concept avait un gros potentiel, et qu’il est très dans l’air de temps.

Mais oui parce qu’on n’avait pas réalisé à quel point. Ça a été une vraie surprise et une formidable nouvelle de voir à quel point les gens étaient motivés et s’investissaient dans leurs projets locaux.

L’emballement général a été une vraie surprise. Déjà en 2012 et 2013, on a vu le projet grossir d’une façon inattendue. Mais le vrai turning point a été la sortie du film Demain (de Cyril Dion et Mélanie Laurent) en 2015. A partir de là on a vraiment changé d’échelle.

 
Avez-vous une anecdote, une rencontre marquante à nous raconter ?

Il y en aurait beaucoup à raconter… on va de surprise en surprise avec ce projet.

C’est dur de savoir ce qui a été le plus marquant mais on a quand même quelques moments phares.

On reçoit parfois de cadeaux, des personnes à qui on a rien demandé mais qui prennent des initiatives. On a reçu comme ça une vidéo d’une artiste canadienne qui a composé une chanson, un hymne pour les Incroyables Comestibles. Une autre personne a repris la Marseillaise sur les Incroyables Comestibles, et en ce moment, une compagnie de théâtre joue une pièce autour de l’action. C’est toujours de très belles surprises.

On a aussi des demandes surprenantes : j’ai récemment fait une conférence en Roumanie, une conférence pour l’ambassade de France à Jakarta (Indonésie), on a reçu une délégation de Sud Coréens, qui sont venu visiter notre jardin à Cergy.

Et surtout on reçoit parfois des photos qui font très chaud au cœur et qui nous confortent dans notre action. Je pense notamment à cette photo envoyé par le groupe de Millas (Occitanie). On propose à chaque groupe qui lance une initiative de faire une photo devant le panneau de leur ville. Recevoir ces photos c’est toujours une grande joie. Mais celle de Millas était vraiment belle. On y voit une famille, avec les parents, les enfants, les grands parents ... avec leurs outils et leurs légumes. Cette photo dégage une telle joie, je me dis que c’est ça le vrai visage de la France. Quand on lance un processus qui permet de se dégager un peu du stress quotidien, c’est ça qui se passe et qu’on veut révéler : la générosité, le partage, des simples gens qui ont envie de faire leur part.

On a aussi cette photo de Todmorden, sur laquelle Mary Clear, la fondatrice du mouvement a installé sur la colline du village le mot « Kindness » comme le panneau de Hollywood sur le Mont Lee. La gentillesse c’est vraiment le cœur du mouvement.

 
Avez-vous un projet un peu fou dans un avenir proche à nous dévoiler ?

Encore une fois il y aurait beaucoup de choses à raconter. On a deux gros projets en ce moment qui ont pour but de sortir du cadre des Incroyables Comestibles et devenir autonomes.

Le premier c’est Villes et villages comestibles de France. C’est une mobilisation citoyenne pour amener des réponses pour conduire à la transition alimentaire et à l’autosuffisance. Manger bien et local et rendre les territoires autosuffisants sont deux objectifs congénitaux des Incroyables Comestibles.

Le second projet, Mon parcours d’incroyable citoyen, s’adresse surtout aux jeunes générations. A chaque génération son défi et on pense chez les Incroyables Comestibles que l’enjeu des jeunes générations de nos jours c’est le défi du changement climatique et ce qui va s’en suivre. On veut qu’une partie de la créativité et ingéniosité des jeunes soit mise à profit pour conduire des projets pour l’alimentation durable, et ce dès le plus jeune âge. Notre but c’est de mettre à disposition de toutes les équipes pédagogiques (professeurs, animateurs etc.) des outils pour mettre en place des expériences autour du thème « Ma plante, ma nourriture et moi » (les Cycles, la nutrition, les emballages etc.). Le principale levier pour cela c’est la mise en place des Ambassadeurs mon parcours incroyables comestibles. Ces ambassadeurs ont un rôle d’encrage à l’échelle locale, ils créent le lien entre le réseau citoyen local, les projets existants mais qui manquent de visibilité, et les écoles. Ce sont des facilitateurs : le but est de faire en sorte que la masse de ressources disponible sur le territoire soit facilement visible et accessible par ceux qui souhaitent se lancer dans les projets.  


 Si vous étiez un jardin, vous seriez ?

Si je dois répondre en tant de co-fondateur des Incroyables Comestibles je dirais un jardin en permaculture. En tant que Jean-Michel Herbillion j’irais encore plus loin et je dirais un jardin en biodynamique, qui apporte selon moi encore plus de réponse. Un jardin respectueux de la vie, du cycle du vivant, des sols… qui est façonné dans le sens de l’intelligence de la vie.


Pour conclure je dirais que l’important chez les Incroyables Comestibles c’est l’unité de tout. Le respect du vivant, de tout et de tous. Chez les Incroyables Comestibles on croit à la puissance des petites actions : chaque acte qu’on fait à une puissance, et quand on relit chaque petite action, on crée des filons de conscience, qui font avancer les choses.