Rencontre avec Odile Bureau, jardinier en chef du domaine national de Saint Cloud (92)

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1. Le domaine de Saint-Cloud s'étend sur 460 hectares dont 90 hectares de jardins réguliers et paysagers. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce domaine géré par le Centre des monuments nationaux ? (différents espaces, bref rappel historique, situation géographique de ce parc à cheval sur plusieurs communes)

En 1577, Catherine de Médicis offre à son écuyer, Jérôme de Gondi, un petit domaine de 13 arpents sur un coteau dominant la Seine. Vers 1640, la demeure des Gondi est entouré de jardins à l’italienne en terrasses avec fontaines, grottes et cascade. Remanié par le financier Hervart à partir de 1655, le château est acheté en 1658 par Louis XIV pour son frère, Philippe, duc d’Orléans, dit Monsieur. Les architectes Antoine Le Pautre, puis Jules-Ardouin Mansard bâtissent le château entre 1670 et 1690. De 1660 à sa mort en 1700, André le Nôtre trace le dessin du par cet porte sa surface à plus de 400ha. En 1785, Marie Antoinette achète le domaine et commande aussitôt de grands travaux d’agrandissement du château à son architecte Richard Mique. Au XIXème siècle le modèle des parcs paysagers s’impose avec la création entre 1833 et 1826 des jardins du Trocadéro sur la colline de Montretout par Hurtault puis Dubreuil. En  1852 l’acquisition de la moitié de la seigneurie de Villeneuve acte la fin de l’extension du parc vers l’ouest. Aujourd’hui le parc de Saint Cloud couvre 460 ha, il  est ouvert sur les 5 communes limitrophe et offre une palette de création de style régulier et irrégulier témoin de l’évolution de l’art des jardins.

 

2. En quoi consiste votre métier et  celui de l’ensemble des jardiniers de ce domaine classé au titre des MH et labellisé jardin remarquable ?

Le métier de jardinier d’art est avant tout un métier de conservation, d’enrichissement et de mise en valeur du patrimoine végétal du site. Les jardiniers assurent toute les travaux d’entretien, les campagnes de taille, de plantation et la production florales. Ils surveillent l’état sanitaires des arbres, ils assurent les interventions nécessaires . ils coordonnent leurs actions avec le service national des fontaines de Versailles pour l’entretien des bassins et des fontaines. Le chef jardinier participe à la politique d’entretien et de développement du jardin. Il coordonne les travaux. Il contrôle les opérations menées par les prestataires extérieurs qui doivent respecter un cahier des charges strict dans le respect du site. Il assure le suivi budgétaire. Il participe aux études et aux projets de restauration du domaine.

 

3. Les Rendez-vous aux jardins 2022 ont pour thème "Les jardins face au changement climatique". Pourriez-vous nous partager votre retour d'expérience au domaine de Saint-Cloud ? Pratiquez- vous dans ce domaine et depuis combien d’années une gestion durable des jardins ?

Au domaine de Saint cloud, nous devons faire face à de nouveaux ravageurs et maladies sur les végétaux. Nous avons vu arriver la chenille processionnaire sur les pins et sur les chênes dans le parc, alors qu’auparavant son aire de répartition était plus au sud. Certaines années les pucerons sont très présents. Dans les parties boisées, le stress hydrique des années caniculaires met à mal les arbres, ils sont plus faibles et plus sensibles aux maladies. Le bois subit aussi les effets des tempêtes. Nous avons depuis 15 ans au moins mis en place la lutte de protection biologique intégrée avec un programme d’achat d’auxiliaires de cultures. Ces insectes et microorganismes remplacent depuis longtemps les produits phytosanitaires. Aujourd’hui l’utilisation des phéromones est aussi efficace pour réduire le nombre de larves de papillons sur les buis, les pins et les chênes. 

 

4. Pourriez-vous nous préciser quelles sont les principales mesures mises en place pour adapter ces jardins au changement climatique ? Si vous avez une expérience dans un autre domaine géré par le CMN, n’hésitez pas à nous la partager

L’enjeu maintenant est dans le renouvellement des arbres et des végétaux et la question est que planter pour les années futures ? Tous les projets de plantation des arbres d’alignement ou des arbres des carrés boisées doivent tenir compte de cette contrainte. Aujourd’hui pour mettre en place le patrimoine végétal des prochaines décennies il faut choisir et miser sur des végétaux adaptés aux changements climatique. La lutte contre les insectes et ravageurs est un moyens de maintenir nos plantes en intervenant avec des auxiliaires. L’enherbement des pieds d’arbres assurent aussi une baisse des températures dans les périodes les plus chaudes.

 

5. Travaillez-vous avec des organismes dédiés à la protection de la faune et de la flore (LPO….) ?

Le bilan de la convention refuge LPO de 2015/2019 a donné un plan d’action qui est suivi par le domaine. Sur les 52 espèces contactées en 3 ans, l’inventaire a permis d’en contacter  34 en une journée montrant une certaine richesse avifaunistique du domaine  Parmi ces 34 espèces, 13 sont des espèces forestières, 9 des généralistes, 6 de milieux humides et 5 de milieux bâtis. Plusieurs espèces considérées en déclin dans notre pays figure parmi les espèces menacées et cinq de ces espèces patrimoniales sont présentes dans le parc de Saint Cloud.