Dans le jardin avec le regard de Libereso Guglielmi
Parcours sensoriel visuel et exposition de dessins
Dans l’après-midi du samedi 6 et dimanche 7 juin, la Maison des Herbes et de l’Agriculture de la Locride, ouverte cette année encore pour le Rendez-vous en Jardin, accueille avec enthousiasme le thème proposé par APGI, Association italienne des parcs et jardins : « la vue ». Le jardin, non loin du Jonio et de l’Aspromonte, sur les pentes du mont Tre Pizzi et dans une vallée luxuriante et mystérieuse près d’un fleuve, se prête bien à offrir des visions et des émotions visuelles et sensorielles qui restent dans la mémoire de ceux qui arrivent. C’est une succession d’environnements, de vues, de perspectives dans lesquelles il sera possible avec le guide de la présentatrice, la paysagiste et artiste Marò d’Agostino, de connaître l’identité complexe et extraordinaire du jardin calabrais qui se dessine ici, dans une recherche opérationnelle multidisciplinaire entamée depuis près de vingt ans.
La proposition de la Maison des Herbes pour le rendez-vous s’articule en deux moments distincts et également complémentaires : une visite guidée dans le parc et une exposition vraiment spéciale de dessins de Libereso Guglielmi, mieux connu comme « le jardinier de Calvino ».
Pour commencer, les visiteurs seront accompagnés dans un parcours de différentes pièces qui distinguent, en la dessinant, la morphologie du terrain et donc les types de culture, l’orientation, la lumière ainsi que les solutions formelles correspondant à la connaissance du lieu, avec son génie et sa biodiversité. Une vitalité de « vues » qui se révèlent à des échelles bien différentes, depuis celle du paysage large avec la présence particulière de grandes pierres et du village d’Antonimina - un doux fond à l’ouest - jusqu’à celle rapprochée avec la reconnaissance des herbes, fleurs et plantes présentes ici.
Le jardin conserve notamment une flore autochtone spontanée mais au fil des années a adopté des espèces étrangères et exotiques qui, dans le microclimat particulier de la vallée, ont trouvé les conditions pour leur naturalisation ; trait d’union entre les chambres, sont les rosiers que la propriétaire cultive avec passion et qui sont l’un des traits distinctifs de la Maison des Herbes de la Locride qui organise depuis huit ans, en mai, la Fête des Roses. La visite permettra aux yeux et à l’expérience sensorielle des participants de profiter, in extremis, de la seule floraison annuelle lumineuse et enivrante des damascènes, des splendides galliques et d’autres roses anciennes. Ceci, avant de déménager dans le porche de la maison, singulier type de ferme de la zone pré-Aspromontana, soigneusement rénové et réaménagé pour les besoins contemporains du jardin et ceux qui l’habitent et le visitent. Ici, la vue se régale d’un herbario de Libereso Guglielmi, botaniste de renommée internationale ou simple jardinier comme il préférait se définir. À l’exposition, une collection privée acquise par l’intermédiaire de l’auteur lui-même quelques décennies avant sa mort (2016). Il s’agit de beaux dessins, certains à l’aquarelle, de plantes et de fleurs. Libereso, adolescent, avait travaillé comme jardinier à la Villa Meridiana de San Remo, dans l’institut expérimental du grand agronome Mario Calvino, père d’Italo et son grand maître. Dans une interview, rapportée par la journaliste Laura Guglielmi, il a dit : « À Italo et à son frère Floriano, le travail des parents n’importait pas et je faisais ce que Mario aurait voulu que les enfants fassent ». La plupart, cependant, le connaissent parce qu’il est le protagoniste du récit d’Italo Calvino Un pomeriggio Adamo et pour avoir inspiré l’écrivain ligurien le Barone Rampante.
Il n’y avait pas d’herbe dont Libereso ne connaissait pas le nom latin ; ses compétences l’ont amené pendant des années en Angleterre et ailleurs pour des emplois prestigieux. Chaque être vivant le remplissait de joie et, en se promenant dans la nature, il ne résistait pas à la tentation de toucher des brindilles, des buissons, des fleurs ; Il les peignait souvent quand il était en compagnie d’autres personnes ou dans son jardin de la rue Zeffiro Massa à Sanremo.
En dessinant et en aquarellant, le jardinier anarchiste excentrique a reconnu et inscrit dans sa mémoire ces dons de la nature, un monde de beauté qui, lors des deux après-midis d’ouverture de la Maison des Herbes de la Locride, sera rendu à notre vue.