Une nature luxuriante et, au milieu, une femme en position d’observation qui nous invite à entrer de plein pied dans les Rendez-vous aux jardins. Le visuel imaginé par l’illustratrice Beya Rebaï évoque à la fois la richesse des parcs et jardins qui participent à cet événement, qui se déroule cette année les 5, 6 et 7 juin, et le thème de la vue retenu cette année. Pour créer cette illustration, l’artiste a utilisé numériquement un effet rappelant son medium de prédilection, celui du pastel. Rencontre avec cette passionnée de botanique, naturellement destinée à mettre en image l’esprit de cette manifestation.
Pouvez-vous retracer votre parcours ?
Après une prépa aux grandes écoles d'art à Paris, je suis partie trois ans à Bruxelles pour étudier l'illustration puis je suis revenue à Paris pour un master à l’école de Condé. Je suis partie avant d’avoir mon diplôme car j’avais déjà des projets en tant qu’illustratrice.
J'ai commencé dans l'illustration de presse avec une première commande pour le Guardian, puis d’autres journaux aux États-Unis comme le New York Times ou le New Yorker. Ma carrière a décollé grâce aux réseaux sociaux : j'ai reçu pas mal de commandes via mon compte Instagram, par le bouche-à-oreille, et quasiment tous mes contrats arrivent aujourd’hui par ce biais.
Aujourd’hui, je travaille un peu moins pour la presse, secteur touché par la crise. J'ai des projets plus globaux en collaboration avec des marques ou des institutions pour qui je créé un univers graphique illustratif. Cela fait donc très peu de temps que je travaille pour le marché français.
Comment avez-vous imaginé ce visuel pour les Rendez-vous aux jardins ?
J'ai commencé à me renseigner sur les jardins mis en avant lors de cette manifestation. Passionnée de botanique, je connaissais et appréciais déjà beaucoup d’entre eux. Dans ceux labellisés « Jardin remarquable » j’ai remarqué que certains avaient un accès à la mer, comme le jardin de Vauville dans le Cotentin. Je n’ai pas forcément voulu la montrer mais construire l'image pour que le regard puisse se perdre dans le fond de l’illustration afin de coller au thème de la vue.
J'ai créé un personnage, qui, dans mes illustrations, est souvent mis en scène dans une nature assez foisonnante. Il était assez évident pour moi de mettre un personnage qui soit relativement petit par rapport à ce qui l'entourait pour justement accentuer ce foisonnement du végétal. Le thème de cette année est la vue. À la base, je l'avais représentée plutôt stoïque, observatrice, mais elle avait les bras le long du corps et je n’arrivais pas à trouver une position plus vivante. J’en ai ensuite parlé avec des amis car c’est souvent ce qui me débloque et j'ai trouvé cette idée de regarder au loin pour inviter le spectateur à rentrer dans l'image.
J’utilise toujours des couleurs assez chatoyantes – ici le bleu, le vert et le rose. Au milieu de ces couleurs plutôt neutres, j’ajoute toujours une couleur qui vient mettre un petit coup de boost dans l'image – en l’occurrence le pull orange de mon personnage.
Votre passion pour la botanique transparaît dans cette illustration avec une volonté de réalisme dans les espèces dessinées…
Tout à fait ! Pour être au plus juste, j'ai fait un petit tour des jardins qui participaient à la manifestation et regardé quels genres de plantes s’y trouvaient pour m’en inspirer et faire un mix d’espèces. Ce n’est donc pas un jardin en particulier que j'ai représenté, mais un mélange de plusieurs.
Pour cette illustration, vous avez utilisé un effet numérique de votre medium favori : le pastel. Comment l’avez-vous découvert ?
J’essaye de travailler le plus possible à la main mais pour ce gros projet qui comporte beaucoup de déclinaisons et d'affichage, il était plus sécurisant de travailler à la tablette. Je suis tombée sur le pastel à la cire à la toute fin de mes études. Lors de ma formation en école d'art, on nous apprend à utiliser beaucoup de techniques et je ne trouvais pas forcément celle qui me convenait le plus ; je suis très attachée aux couleurs, à leur intensité et au fait de jouer avec les nuances.
Un jour, j’ai fait un road trip en Italie et, comme souvent lorsque je suis en vacances, je fais des carnets de croquis et j’emmène donc du matériel pour dessiner. Ce jour-là, je n’avais rien sur moi et j'ai trouvé des petits pastels dans un magasin à la frontière avec la Suisse. J’ai aussi acheté un carnet et commencé à dessiner. Lorsque je suis rentrée à l'école quelques semaines plus tard mes professeurs m'ont dit que j’avais trouvé quelque chose qui me convenait. Depuis, je n’ai jamais arrêté de dessiner au pastel et c’est ce pourquoi on vient aujourd’hui me chercher.
Que représente pour vous cette opportunité de réaliser l’illustration des Rendez-vous aux jardins ?
Je n’habite plus à Paris mais en Touraine et j'ai juste à côté de mon atelier un jardin botanique où je me rends pour me ressourcer. Ce lieu participe aux Rendez-vous aux jardins donc je vois tous les ans les affiches qui ont été faites qui sont toujours des choix assez différents de ce qu'on peut voir habituellement, par des illustrateurs que je connais. C’est donc une grande fierté, un honneur pour moi de faire partie de cette aventure parce que c'est un événement que j'aime beaucoup et que beaucoup de personnes autour de moi connaissent.
Partager la page

